Recensement 2026 : la nouvelle question sur les origines des parents relance la polémique, doit-on vraiment y répondre ?

Un agent frappe à la porte, un courrier arrive dans la boîte aux lettres ou un courriel vous invite à vous connecter : la campagne de recensement de la population bat son plein. Au milieu du questionnaire individuel, une interrogation détonne : « Où sont nés vos parents ? ». Numérotée 7, cette nouvelle question, apparue en 2025, suscite curiosité, étonnement, voire méfiance. Tandis que l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en souligne l’intérêt scientifique, certaines associations appellent ouvertement à y laisser la case vide. Tour d’horizon d’un débat où se croisent enjeux de connaissance, de citoyenneté et de vie privée.

Une nouveauté discrète mais remarquée

L’édition 2024-2025 du recensement couvre la France métropolitaine, les départements d’outre-mer, ainsi que la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion. Sur les quelque 9 millions de personnes concernées cette année, environ 80 % ont déjà accepté de répondre à la fameuse question n° 7, selon les premières estimations de l’Insee.
Exemple concret : dans une commune de 10 000 habitants, où 6 600 bulletins ont été remis en main propre, près de 5 300 contenaient une réponse complète à cette rubrique. Un chiffre encourageant pour les statisticiens, mais qui laisse tout de même 1 300 foyers hésitants ou réticents.

Que signifie concrètement la question n° 7 ?

L’Insee demande d’indiquer le lieu de naissance des parents de chaque personne recensée :

  • Si le parent est né en France (y compris outre-mer), le département doit être renseigné.
  • Si le parent est né à l’étranger, on sélectionne le pays de naissance.
  • Deux réponses facultatives sont également proposées : « Je ne sais pas » ou « Je ne souhaite pas répondre ».

Contrairement à certaines idées reçues, il n’est jamais demandé de préciser une nationalité d’origine, une appartenance ethnique ou une religion. Seule la géographie de naissance sur deux générations est concernée.

Objectifs affichés par l’Insee

Pourquoi collecter cette information ? L’Institut évoque plusieurs finalités :

  • Mesurer la mobilité résidentielle : comprendre comment et pourquoi les enfants de personnes nées à l’étranger s’installent dans tel ou tel territoire.
  • Étudier la ségrégation urbaine : comparer la répartition spatiale des populations selon l’origine géographique familiale afin d’identifier les quartiers les plus enclavés.
  • Évaluer l’égalité des chances : observer si le lieu de naissance parental influe sur l’accès au logement, à l’emploi ou à la réussite scolaire.

Ces usages s’inscrivent dans le cadre légal de la loi du 7 juin 1951, qui encadre la statistique publique et impose l’anonymisation des réponses. Les premiers résultats nationaux intégrant la question n° 7 ne seront publiés qu’après cinq enquêtes annuelles, c’est-à-dire vers la fin de la décennie.

Des retombées attendues pour les politiques publiques

Grâce à cette variable, les pouvoirs publics espèrent :

  • Affiner les diagnostics locaux : par exemple, mesurer la proportion de ménages dont au moins un parent est né hors de France dans un quartier donné afin d’adapter l’offre de services publics (écoles bilingues, médiation culturelle…).
  • Lutter contre les discriminations : en objectivant les écarts de salaires ou les obstacles à l’embauche que rencontrent souvent les descendants de familles immigrées.
  • Planifier l’habitat et les transports : si l’on constate une forte concentration géographique de certaines populations, les collectivités peuvent ajuster la construction de logements sociaux ou l’amélioration des réseaux de bus et de tramway.

En Allemagne, des études semblables ont permis d’identifier que les enfants de parents nés à l’étranger avaient, en moyenne, 15 % de temps de trajet supplémentaire pour accéder à l’emploi. Les données françaises pourraient offrir un éclairage comparable et guider les décisions locales.

Une question facultative qui alimente la polémique

Plusieurs organisations de défense des droits humains et syndicats, notamment dans les Landes, ont lancé des campagnes invitant les habitants à passer la question sous silence. Leurs principales craintes :

  • Stigmatisation : « Nommer l’origine, c’est risquer de figer les identités et d’alimenter les préjugés », écrivent-ils.
  • Utilisation politique : la peur que ces données servent un discours identitaire plutôt qu’une analyse scientifique.
  • Manque de perspectives concrètes : les opposants estiment qu’aucun plan d’action n’est annoncé pour réduire les discriminations repérées.

À l’inverse, nombre de chercheurs en sciences sociales considèrent qu’ignorer l’origine familiale reviendrait à se priver d’un indicateur essentiel pour repérer, par exemple, les ruptures d’accès à l’emploi entre générations.

Que faire si vous êtes interrogé ?

  1. Rappelez-vous que le recensement est obligatoire, mais que la réponse à la question n° 7 reste facultative.
  2. Si vous souhaitez répondre, préparez les informations nécessaires : la commune ou le département de naissance des parents s’ils sont nés en France, ou le pays d’origine s’ils sont nés à l’étranger.
  3. Si vous ne connaissez pas certains éléments, la case « Je ne sais pas » est prévue à cet effet.
  4. Vous pouvez également choisir l’option « Je ne souhaite pas répondre » sans aucune justification à fournir ; aucune sanction n’est associée à cette absence de réponse.

Un équilibre entre curiosité statistique et respect des droits

Le débat autour de la question n° 7 illustre un dilemme récurrent : comment concilier la nécessité de disposer de statistiques fines pour améliorer les politiques publiques avec la protection de la vie privée et la lutte contre toute forme de discrimination ?
Au final, c’est bien la confiance entre citoyens et institutions qui se joue. Répondre ou non demeure un choix personnel, mais comprendre l’objectif – éclairer les inégalités plutôt que cataloguer les individus – peut aider chacun à décider en connaissance de cause.

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