Combien de temps sont conservées les vidéos des magasins ? Loi, stockage, coûts

« Combien de temps dois-je garder mes vidéos ? » Cette question revient sans cesse chez les commerçants. Certains ont entendu parler d’un « plafond » de 30 jours sans trop savoir s’il s’agit d’une obligation, d’un simple repère ou d’un maximum à ne jamais dépasser. Entre législation, RGPD, limites techniques et facture de stockage, la réponse n’est pas noire ou blanche. Voici un tour d’horizon complet pour y voir clair.

Au fil de ce guide, vous trouverez des repères concrets : délais légaux, dérogations possibles, bonnes pratiques, risques de non-conformité, mais aussi l’impact financier – et même environnemental – de vos choix de stockage (local, cloud, hybride).

Pourquoi conserver les vidéos de magasin : objectifs et enjeux

Prévention des vols et fraudes

Premier motif, et de loin : la lutte contre la démarque inconnue. Vols à l’étalage, détournements en caisse, chapardage interne… la caméra reste un formidable outil de dissuasion et de preuve.

Elle permet notamment :

  • d’écarter une bonne partie des voleurs grâce à la présence visible de caméras et de panneaux ;
  • de dater et documenter précisément un vol : heure, zone, personnes impliquées ;
  • d’identifier des schémas récurrents ou des réseaux organisés ;
  • de protéger les points sensibles : réserve, coffre, quai de livraison…

Encore faut-il que les images soient toujours disponibles lorsque le vol est découvert, parfois plusieurs jours après les faits.

Assurance et preuves judiciaires

Les enregistrements servent aussi de pièces maîtresses en cas :

  • d’agression ou d’accident en magasin ;
  • de cambriolage, de dégradation, de vandalisme ;
  • de litige avec un client, un fournisseur ou un salarié ;
  • de procédure pénale ou civile.

Or, entre le moment où l’incident se produit et celui où la plainte est déposée, il peut s’écouler plusieurs jours. Voilà pourquoi un réglage de rétention trop court peut faire perdre des preuves essentielles.

Analyse marketing et optimisation de l’expérience client

Au-delà de la sécurité, certaines enseignes exploitent la vidéo pour comprendre les flux, mesurer les zones chaudes, ajuster leur merchandising ou évaluer l’impact d’une nouvelle implantation.

Ces usages « data » restent strictement encadrés par le RGPD : il faut une base légale solide, des durées de conservation très limitées, et souvent des images floutées ou anonymisées.

Cadre légal en France et en Europe : RGPD, CNIL et Code de la sécurité intérieure

Durée maximale autorisée : le fameux cap des 30 jours

Jusqu’où peut-on aller ? En France, les images de vidéosurveillance captées dans un commerce ne doivent pas dépasser 30 jours de conservation.

Cette limite s’appuie sur :

  • le Code de la sécurité intérieure, qui encadre la vidéoprotection des lieux ouverts au public ;
  • le RGPD, exigeant une durée proportionnée à l’objectif ;
  • les recommandations de la CNIL, qui voient dans ces 30 jours un plafond, pas une durée « par défaut ».

En pratique, la plupart des commerces choisissent entre 15 et 30 jours, à condition de pouvoir démontrer la pertinence de ce choix (niveau de risque, délai moyen de découverte des vols, temps de dépôt de plainte, etc.).

Exceptions : procédure judiciaire ou dossier assurance

Et si j’ai besoin des images plus longtemps ? On peut dépasser le cap des 30 jours, mais uniquement dans des cas précis :

  • si une procédure judiciaire est ouverte : les séquences utiles sont extraites et conservées le temps de l’enquête ;
  • sur réquisition officielle des forces de l’ordre ;
  • pour un sinistre déclaré à l’assurance, le temps d’instruire le dossier.

Dans ces situations, les images doivent être isolées, sécurisées, puis effacées ou anonymisées dès qu’elles ne sont plus nécessaires.

Information du public et obligations d’affichage

Informer, c’est obligatoire. Tout système de vidéosurveillance impose :

  • un panneau explicite à l’entrée et dans chaque zone filmée, précisant : responsable du traitement, finalités, base légale, durée de conservation, droits des personnes, contact (DPO ou gérant) ;
  • une information spécifique aux salariés ;
  • l’inscription du traitement dans votre registre RGPD.

Depuis quelques années, filmer exclusivement l’intérieur du magasin ne nécessite plus d’autorisation préfectorale. En revanche, si vos caméras mordent sur la voie publique, d’autres formalités s’imposent.

Facteurs techniques qui influencent la durée de conservation

Capacité de stockage : DVR, NVR, NAS, cloud

Plus votre « disque » est grand, plus longtemps vous stockez avant que le système n’efface les vidéos les plus anciennes. C’est mathématique :

  • DVR/NVR : enregistreurs reliés aux caméras, dotés d’un ou plusieurs disques durs (comptez en téraoctets). Un 2 To, par exemple, tient rarement plus d’une dizaine de jours pour huit caméras Full HD en continu ; passez à 8 To, vous atteignez la fameuse barre des 30 jours.
  • NAS ou serveurs dédiés : solution plus robuste (RAID, redondance), idéale pour les réseaux de magasins.
  • Cloud : vous payez au nombre de caméras et au nombre de jours (7, 15, 30, 90…), mais sans vous soucier du matériel.

Qualité d’image, compression et images par seconde

Trois curseurs jouent sur la taille des fichiers :

  • Résolution : filmer en 4K est tentant, mais grignote votre disque à vitesse grand V. Le 1080p suffit généralement pour identifier un visage ou un geste.
  • Fréquence d’images : 30 fps offrent une belle fluidité, 10-15 fps suffisent souvent en magasin. Chaque image en moins, c’est du stockage gagné.
  • Codec (H.264, H.265…) : le H.265 compresse mieux que le H.264 ; passer de l’un à l’autre peut presque doubler votre durée d’archivage.

Enregistrement en boucle et détection de mouvement

Par défaut, un NVR tourne en boucle : quand le disque est plein, les vidéos les plus anciennes sont écrasées.

Trois modes de capture existent :

  • Continu 24/7 : sécurité maximale, stockage maximal.
  • Détection de mouvement : la caméra n’enregistre que lorsqu’il se passe quelque chose. De nuit ou dans les allées calmes, les journées « vides » pèsent quelques minutes seulement – un vrai levier d’économie.
  • Programmation horaire : on filme surtout en dehors des heures d’ouverture, pour protéger le magasin fermé.

Avec une bonne combinaison de détection et de compression, on peut tripler la durée de rétention sans ajouter un seul giga.

Bonnes pratiques de gestion et de sécurisation des enregistrements

Chiffrement et contrôle des accès

Une vidéo, c’est une donnée personnelle. Visages, comportements, allées et venues : tout doit rester sous clé.

  • Accès nominatif réservé à quelques profils (direction, responsable sécurité, DPO). Ajoutez une double authentification quand c’est possible.
  • Chiffrement des disques et des flux (HTTPS, VPN) pour éviter l’interception.
  • Séparation des rôles : le technicien qui administre le NVR ne visionne pas forcément les images.

Effacement automatique et registre RGPD

Dire que l’on efface au bout de 15 jours, c’est bien. Prouver que c’est vraiment le cas, c’est mieux.

  • Programmez votre NVR ou votre cloud pour supprimer les fichiers au-delà du délai choisi.
  • Documentez tout cela dans le registre des traitements : finalités, base légale, durée, mesures de sécurité.
  • Rédigez une courte procédure pour l’export d’images en cas de plainte ou de sinistre.

Sauvegarde hors site et protection contre les cyberattaques

Les systèmes vidéo sont devenus des cibles prisées (ransomwares, effacement de preuves…). Pour limiter la casse :

  • Sauvegarde hors site : répliquez les séquences critiques vers un NAS isolé ou un cloud chiffré, avec versionning.
  • Segmentez le réseau : caméras et NVR sur un VLAN à part, ports Internet fermés par défaut.
  • Mettez à jour firmwares et logiciels, tenez un journal d’accès pour savoir qui a vu quoi et quand.

Procédure pour extraire ou supprimer une vidéo sur demande

Droit d’accès d’une personne filmée

Victime d’un vol ? Besoin d’un extrait ? Deux situations :

  • Vous êtes client/victime :
    • signalez l’incident au plus vite au responsable du magasin ;
    • déposez plainte si besoin ;
    • lors de votre demande d’accès, précisez date, heure approximative et zone filmée : cela évite de chercher une aiguille dans une botte de foin.
  • Vous êtes commerçant :
    • vérifiez l’identité du demandeur et la vraisemblance des faits ;
    • retrouvez le créneau demandé ;
    • si d’autres personnes apparaissent, privilégiez le floutage ou le transfert via la police plutôt qu’une remise directe.

Le RGPD impose une réponse sous un mois, mais en réalité la vraie limite, c’est la durée de conservation : passé 15 ou 30 jours, les images n’existent plus.

Conservation prolongée pour plainte ou sinistre

Dès qu’un incident est confirmé :

  • exportez la séquence sur un support chiffré ou dans un espace cloud sécurisé ;
  • gardez-la le temps de l’enquête, de la procédure judiciaire ou du dossier assurance ;
  • effacez-la proprement une fois le dossier clos.

Chaque export doit être justifié (numéro de plainte, référence sinistre) et limité au strict nécessaire.

Traçabilité des accès

Pour dormir tranquille :

  • consignez chaque consultation ou export : date, heure, identité, motif ;
  • rangez ces logs dans votre registre RGPD.

Coûts, impact environnemental et alternatives d’optimisation

Combien ça coûte au giga… et au jour

Tout dépend du support :

  • Stockage local : un disque 4 To vaut entre 80 € et 120 €. Amorti sur quatre ans, on parle de quelques centimes par jour.
  • Cloud : facturation au nombre de caméras et au nombre de jours. Comptez souvent 10 à 20 € par caméra et par mois pour 30 jours de rétention.

Un petit commerce avec huit caméras préfèrera souvent un NVR 8 To (investissement initial) plutôt qu’un abonnement cloud qui finit par peser sur la trésorerie.

Stockage local ou cloud : le bilan carbone

L’empreinte carbone dépend :

  • de la consommation électrique du NVR/NAS et des caméras ;
  • des transferts de données vers le cloud ;
  • de l’efficacité énergétique des datacenters.

Réduire la durée de conservation et éviter la 4K inutile sont les deux leviers les plus simples pour ménager à la fois votre budget et la planète.

Quand l’IA vient à la rescousse

L’intelligence artificielle peut détecter un vol, repérer une intrusion, indexer automatiquement vos vidéos. Résultat :

  • les séquences « intéressantes » sont conservées plus longtemps ;
  • le reste peut être supprimé rapidement ;
  • un floutage automatisé permet même de garder des images pour l’analyse marketing sans exposer de données personnelles.

Quelles solutions techniques choisir pour un magasin ?

Petits commerces : simplicité et budget contenu

Pour quatre à huit caméras, deux pistes classiques :

  • NVR/DVR avec disques internes : quelques centaines d’euros, pas d’abonnement, durée de conservation modulable (souvent 7 à 30 jours).
  • Caméras IP avec carte SD et cloud en option : stockage local pour quelques jours, sauvegarde cloud des séquences sensibles.

Quel que soit votre choix, n’oubliez pas : rétention calibrée, affichage clair et export rapide en cas d’incident.

Enseignes moyennes et grandes surfaces

À l’échelle d’un réseau de points de vente, on privilégie :

  • Plateforme VMS/NVR centralisée : pilotage des caméras, droits d’accès et durées de rétention depuis un seul tableau de bord.
  • Architecture hybride : flux bruts peu coûteux en local (7-15 jours), export des incidents sur un cloud sécurisé pour une conservation plus longue.

Checklist de conformité et pièges à éviter

Petit audit maison, une fois par an

  • Les caméras filment-elles encore les bonnes zones ? (Pas les vestiaires ni les sanitaires.)
  • La durée de conservation est-elle toujours pertinente ?
  • Les affichages sont-ils visibles et à jour ?
  • Le registre RGPD inclut-il bien le traitement vidéo ?
  • Les accès aux images sont-ils tracés ?

Sanctions en cas de dérapage

Durée excessive, manque d’information, accès trop large… et la facture peut vite grimper :

  • CNIL : avertissement, mise en demeure, amende jusqu’à 4 % du CA mondial.
  • Pénal : sanctions prévues par le Code de la sécurité intérieure.
  • Social : litiges prud’homaux si la surveillance du personnel est jugée intrusive.
  • Image : bad buzz garanti si vos clients se sentent épiés.

Trame express d’une politique de conservation

  • 1. Objet : quelles caméras, quelles zones.
  • 2. Finalités : sécurité, prévention du vol, etc.
  • 3. Base légale.
  • 4. Durée de conservation : standard + règles de prolongation.
  • 5. Accès : qui, comment, supervision.
  • 6. Droits des personnes.
  • 7. Sécurité des données.
  • 8. Révisions périodiques.

FAQ rapide : durée de conservation des vidéos de magasin

Combien de temps un magasin garde-t-il les images de ses caméras ?
En France, la règle générale est de quelques jours à 30 jours maximum. Au-delà, seules les séquences extraites pour une procédure (plainte, sinistre) peuvent être conservées plus longtemps.

Et en pratique ?
Beaucoup de petits commerces conservent leurs flux 7 à 15 jours, faute de capacité disque. Les enseignes mieux équipées visent 30 jours, le plafond CNIL.

Comment fonctionne l’enregistrement ?
Les caméras filment en continu ou par détection de mouvement vers un DVR/NVR ou un cloud. Dès que le disque est plein, les images les plus anciennes sont automatiquement écrasées, selon le délai que vous avez défini (par exemple 15 ou 30 jours).

Conclusion : les 7 réflexes à adopter pour vos vidéos de magasin

En résumé, la loi fixe un maximum de 30 jours. Le bon réglage dépendra de votre risque, de votre capacité disque et de votre budget.

  • 1. Choisissez une durée de 15 à 30 jours, justifiez-la.
  • 2. Activez l’effacement automatique passé ce délai.
  • 3. Filmez en 1080p, 10-15 fps, avec détection de mouvement.
  • 4. Sécurisez l’accès : comptes nominatifs, chiffrement, journaux.
  • 5. Extrayez et stockez à part les séquences liées aux incidents.
  • 6. Informez clairement clients et salariés, tenez votre registre RGPD.
  • 7. Révisez chaque année vos besoins, vos coûts et votre impact carbone.

En appliquant ces réflexes, vous resterez dans les clous du RGPD et de la CNIL tout en gardant vos coûts – et votre tranquillité – sous contrôle.

Questions fréquentes sur la conservation des vidéos des magasins

Quelle est la durée maximale de conservation des vidéos de surveillance en magasin ?

En France, les vidéos de surveillance en magasin ne doivent pas être conservées plus de 30 jours. Cette limite est fixée par le Code de la sécurité intérieure et le RGPD, sauf exceptions comme une procédure judiciaire ou un dossier d’assurance.

Combien de temps les magasins conservent-ils les enregistrements des caméras de sécurité ?

En pratique, les magasins conservent généralement les enregistrements entre 15 et 30 jours. La durée choisie dépend des risques, du délai moyen de découverte des incidents et des exigences légales.

Peut-on conserver les vidéos plus de 30 jours ?

Oui, mais uniquement dans des cas spécifiques comme une procédure judiciaire, une réquisition des forces de l’ordre ou un dossier d’assurance. Les images doivent alors être isolées et sécurisées.

Comment les magasins doivent-ils informer le public sur la vidéosurveillance ?

Les magasins doivent afficher des panneaux visibles précisant le responsable du traitement, les finalités, la durée de conservation et les droits des personnes. Cette obligation s’applique à toutes les zones filmées.

Quelles sont les bonnes pratiques pour gérer la conservation des vidéos ?

Les bonnes pratiques incluent de limiter la durée de conservation à ce qui est strictement nécessaire, de sécuriser les enregistrements, de respecter le RGPD et de documenter les choix dans un registre dédié.

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